Depuis les années 70, et les premières politiques publiques de soutien à l’entrepreneuriat qui s’inscrivaient dans un contexte de lutte contre le chômage suite au choc pétrolier de 1973, les structures d’accompagnement à la création-reprise d’entreprises se sont multipliées, couvrant ainsi un large panel de besoins et de publics.

Cette multiplication des opérateurs accompagne ainsi la croissance du « marché » que représente la création d’entreprises (le nombre de créations a été multiplié par 2,5 depuis les années 2000). Et à l’instar des profils des entrepreneurs, ces structures d’accompagnement ont des caractéristiques très hétérogènes : publiques ou privées, à but non lucratif ou lucratif, intervenant dans le cadre de compétences régaliennes ou d’un marché public, positionnées en ante-création ou en post-création, avec des approches généralistes pour certains ou spécialisées (financement, hébergement, innovation, …) pour d’autres, etc.

Parmi les principales structures d’accompagnement on recense notamment les chambres consulaires (Chambre de Commerce et d’Industrie – CCI, Chambre de Métiers et de l’Artisanat – CMA, Chambre d’Agriculture), les boutiques de gestion (BGE), les associations de prêts d’honneur (Initiative France, Réseau Entreprendre notamment) ou de micro-crédit (ADIE par exemple), les clubs et réseaux d’entrepreneurs, les incubateurs, les pépinières, les coopératives d’activités, les couveuses, etc.

Et si la diversité de l’offre permet une meilleure couverture des besoins, elle s’accompagne également parfois d’une perte de lisibilité pour les principaux intéressés que sont les porteurs de projets ou les entrepreneurs. Ainsi, disposer d’un tel éventail de compétences n’est une aubaine qu’à la condition d’une complémentarité des positionnements et des interventions. Mais les choses ne sont pas si simples. Le soutien à la création d’entreprises est en effet un « marché » comme les autres et il induit nécessairement des postures concurrentielles. Les approches en silo sont encore nombreuses et même lorsqu’elles ont pu être dépassées pendant un temps, elles peuvent revenir comme un réflexe de repli sur soi lorsque les financements tarissent, surtout s’agissant des fonds publics.

Rapport de la Cour des Comptes sur les dispositifs de soutien à la création d’entreprises

En 2012, le rapport de la Cour des Comptes qui dressait une évaluation des dispositifs de soutien à la création d’entreprises, pointait clairement ces problématiques de dispersion des interventions – pouvant alors se traduire par un saupoudrage d’argent public – et parfois des risques de doublons d’accompagnement – traduisant alors un manque d’efficience de l’argent public mobilisé.

Mais point de fatalisme ! Des zones de convergence telles que l’intérêt général, le développement territorial en général ou le développement de l’emploi de façon plus spécifique permettent de mobiliser cette diversité d’intervenants autour d’objectifs et/ou de principes d’intervention partagés.

En ce sens, des bonnes pratiques existent et illustrent la capacité à réunir et coordonner les structures d’accompagnement dans le cadre de réseaux territoriaux. On peut citer des exemples tels que Lyon Ville de l’Entrepreneuriat (LVE), Je crée en Nord Pas de Calais, Je Crée en Rhône-Alpes (ex Créafil) ou de façon plus thématique, Synersud qui réunit des réseaux d’accompagnement à la création d’entreprises innovantes, …

Quels sont les points communs de ces initiatives ?

L’expérience d’Argo&Siloe dans l’accompagnement à la mise en œuvre ou à la structuration de ces réseaux permet d’identifier quelques pistes au premier rang desquelles apparaît l’intérêt du porteur de projet. Celui-ci doit en effet être en permanence remis au centre des questionnements et des raisonnements qui animent ces réseaux. Comment peut-on collectivement apporter de meilleures réponses à ses besoins ? Comment, ensemble, peut-on construire une offre de services qui permette de satisfaire à la fois à la diversité des publics et à la diversité des besoins ?

L’équation n’est donc pas simple. Et au-delà d’une volonté commune (des réseaux comme LVE ou Je Crée en Rhône-Alpes sont nés de l’initiative même des réseaux d’accompagnement ou avec leur implication dès les premiers instants), il est nécessaire également de partager un même langage, des éléments de référentiels métiers (ex. qu’entend-on par « accompagnement » ?), des logiques de positionnement clairement définies, … voire des outils et une identité collective (sans pour autant dissoudre l’identité de chacun des membres dans le collectif).

Par ailleurs, et comme pour tout type de réseau, si la bonne volonté est nécessaire, elle n’est pas suffisante. Le succès de ces démarches collectives est en bonne partie conditionné par la qualité de leur animation. C’est notamment cette animation qui au quotidien permet de veiller au respect d’un état d’esprit partagé, qui dans la durée permet de développer les constructions collectives et qui peut se poser en garante de la qualité des pratiques grâce au partage d’expériences, à la professionnalisation des acteurs, à l’évolution de l’offre, etc.

Cette notion de qualité est par ailleurs de notre point de vue indissociable de la dynamique de réseau dès lors que le collectif se réclame de l’intérêt général et de la satisfaction des porteurs de projets.

    Quelques liens pour aller plus loin : https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Les-dispositifs-de-soutien-a-la-creation-d-entreprises https://www.apce.com/pid12337/l-action-territoriale-de-l-apce.html?espace= http://www.jecree.com/ https://www.jecree-en-rhonealpes.fr/ http://www.lyon-ville-entrepreneuriat.org/ http://www.synersud.com/

 Mars 2016