L’économie sociale et solidaire constitue souvent un socle d’activités dans les quartiers politique de la ville, alors que certains quartiers restent encore très résidentiels et disposent d’une faible mixité fonctionnelle. Très présent, le tissu associatif s’avère être un atout, tant en termes de lien social, d’animation que de services aux habitants.

L’ESS ne s’arrête pourtant pas à ce rôle social et se révèle également être un vecteur d’activité économique à part entière et d’emplois pour les habitants des quartiers.

 

L’ESS, un vecteur de revitalisation économique des quartiers

Dans les quartiers prioritaires, à l’image souvent dégradée et à l’attractivité faible pour les entreprises extérieures, l’ESS peut permettre de maintenir une activité économique, voire constituer une première brique pour retrouver une attractivité. C’est par exemple le cas lorsque des structures ESS occupent des cellules commerciales dont les activités classiques se retirent, ce qui peut constituer une solution à court terme pour éviter les cellules vides et la mauvaise image qu’elles véhiculent. On rencontre ainsi des projets de transformation de centres commerciaux, vidés petit à petit de leurs commerces, en véritables pôles ESS, ouverts sur le quartier et apportant de nouveaux services aux habitants.

L’ESS, pour qui les habitants des quartiers peuvent constituer un public cible, peut aussi être intéressée par une localisation au sein d’un quartier prioritaire, qui dispose souvent de disponibilités foncières à des coûts plus faibles que d’autres implantations. Cela peut être le cas des structures d’insertion par l’activité économique par exemple, dont une partie des salariés en insertion provient de ces quartiers, et qui ont souvent besoin de locaux de taille importante pour accueillir leur activité. La construction de produits immobiliers dédiés à ces acteurs trouve dans les quartiers un double sens : à la fois offrir à ces acteurs des conditions d’accueil satisfaisantes à coût réduit, et bénéficier pleinement aux habitants par leur utilité sociale.

Les pôles Artis, développés par Grenoble Alpes Métropole, qui accueillent des structures de l’ESS et des artisans au sein des quartiers prioritaires (à Fontaine – hors QPV -, Echirolles, et Grenoble dans le quartier du Mistral), illustrent ce lien entre ESS et quartiers, qui s’incarne ici dans la construction d’immobilier dédié à des structures de l’ESS (en particulier des structures d’insertion par l’activité économique).

 

L’ESS porteuse d’innovation sociale

L’ESS est également un vecteur d’innovation dans les quartiers prioritaires. Dans l’étude menée par le CGET sur l’innovation dans les quartiers politique de la ville, 40% des projets innovants repérés sont portés par des acteurs de l’ESS (part à laquelle il faut ajouter des projets portés par des collectifs mixtes pouvant relever de l’ESS ou encore par des fondations, assimilées à la catégorie « entreprises » dans l’étude). Ceci s’explique par la grande proximité qu’ils entretiennent avec les quartiers et leurs publics, qui se situent fortement dans ces territoires, mais aussi parce que l’innovation technique et scientifique est moins présente dans les quartiers, au profit d’une innovation sociale.

Certains pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) s’impliquent ainsi directement dans les quartiers, comme le PTCE Dynamique Emploi dans les quartiers à Toulouse et la Coursive Boutaric à Dijon, regroupant des acteurs de la filière culturelle et créative installés dans le quartier des Grésilles. Cette dernière vise ainsi à accélérer le développement des entreprises culturelles et créatives, à structurer la filière et à contribuer à l’attractivité du quartier où elle est implantée.
Porteur de développement économique par le soutien à l’émergence et au développement des entreprises installées au sein de ce lieu, le PTCE mène aussi des actions avec et en direction des habitants du quartier : réaménagement mêlant paysage et design de l’esplanade Boutaric, qui était devenue un terrain vague, avec création d’une association d’habitants chargée de gérer les nouvelles activités et les animations de l’esplanade, constitution du collectif Grésilles Culture qui vise à mettre en place des actions culturelles cohérentes, en lien avec les acteurs socioculturels  (MJC, centre social)…

 

De même, la Marmite urbaine, jeune entreprise socialement innovante (incubé au sein d’Alter’incub Rhône-Alpes, incubateur ESS), intervient dans le Grand Lyon, au sein des quartiers prioritaires (Vaulx-en-Velin essentiellement). L’association cultive des fruits et légumes biologiques sur les toits, livre des repas préparés avec les produits cultivés, et organise des ateliers ludiques et pédagogiques dans les quartiers prioritaires, autour de la cuisine et du jardinage. Ce projet innovant permet ainsi de concevoir un circuit complet, de la production à la préparation et la livraison de repas, pour une alimentation de qualité accessible à tous.

 

L’ESS, des projets économiques en lien avec les habitants

Enfin, l’ESS pense le plus souvent ses projets de développement en lien direct avec les bénéficiaires, engendrant des retombées directes en matière d’emploi des quartiers prioritaires, ce qui permet alors d’enclencher un cercle vertueux de développement économique solidaire, qui permet de créer des emplois pour tous.

Le restaurant d’insertion L’arbre fruité à Grenoble (quartier des Villeneuves) illustre la capacité des acteurs de l’ESS à créer du développement économique dans les quartiers en générant des emplois pour leurs habitants. Le restaurant d’insertion, porté par l’association Solidarité femmes, ouvre ses portes dès 1993, et sert actuellement 50 couverts par jour le midi, pour une clientèle salariée de proximité, et a développé une activité de traiteur. Il emploie actuellement 18 salariés en insertion et 3 encadrants. Cette initiative, au-delà de ses impacts en matière d’emploi (40% de sorties positives en 2011), permet aussi d’offrir une animation et de créer du lien social dans le quartier.

 

On le voit, l’ESS peut ainsi être à l’origine de la création d’activités économiques innovantes dans les quartiers, par la structuration de filières, le soutien à l’entrepreneuriat et au développement des jeunes entreprises, et permettre de modifier l’image des quartiers pour leur permettre de retrouver une attractivité économique. Les acteurs publics ont ainsi un rôle à jouer dans le repérage des initiatives, leur mise en réseau avec les acteurs des quartiers et les autres initiatives existantes pour créer des projets économiques d’ampleur, capables de relancer une dynamique et une attractivité économique de long terme dans les quartiers prioritaires.

 

 Quelques références Argo&Siloe

> CDC Villefontaine

> CDC Marseille Plan d’Aou